42. Quand je décide de faire une mousse au chocolat
Ce samedi, j’avais décidé de rester tranquille. Un peu par besoi
n de repos et beaucoup par flemme, j’avais opté pour une après-midi post-entraînement qui ressemblait davantage à une bidochonnerie qu’à une routardise tant le programme était d’intérieur, voire salonesque, voire canapiste : regarder une ou deux séries, faire une sieste, aller récupérer un chèque chez « beau-papa », faire une sieste, acheter des œufs, faire une sieste, préparer une mousse au chocolat ou un dessert, faire une sieste, regarder un émission hautement culturelle sur M6 voire la TNT, faire une sieste, dîner, faire une sieste, vérifier si mon choix de sac à dos a été le bon en empaquetant tout ce qui est nécessaire à mon prochain voyage : bref de l’émotion, de la passion, de l’aventure, que dis-je, un truc de malade.
De retour chez moi avec mes œufs et un mini-pot de formage blanc 500g qui ferait doucement rigoler des générations d’Hinderholtz, j’ai été envahie, voire submergée, par l’idée de faire une demi-mousse au chocolat (trois œufs, une demi-tablette de chocolat) : et de séparer les blancs des jaunes, de rajouter ma pincée de sel et de commencer à monter mes œufs en neige grâce au robot offert par mes amis sportifs pour mon anniversaire, celui qui mixe, qui pétrit et fait monter les blancs en neige.
J’ai donc commencé à tourner mes œufs, puis réorienter mon récipient parce que ça ne prenait pas, enfin faire en sorte que le batteur ne touche pas le fond du cul de poule. Mais ça ne venait toujours pas. Ca prenait autant qu’une blague de Jean-Marie Bigard en ouverture d’un congrès de Polytechniciens ou le concept des réseaux sociaux chez des dinausores du BTP.
J’ai quand même insisté : nada.
D’une idée venue d’on ne sait où, j’ai même changé de récipient, tant il est bien connu que les œufs montent mieux en neige dans un cul-de-poule en inox que dans un bol en plastique. Après mûre réflexion, je me dis que je devrais vraiment arrêter de manger des yaourts aux DLC dépassées de trois semaines, les fruits dans un état de maturité plus avancé que Jeanne Moreau, les hurlements pendant les cours de Body Attack, les sudoku dans les WC ou les chaussettes anti-zombies : ça ralentit gravement le cerveau.
Evidemment, le changement de récipient n’a strictement rien changé à mon problème. J’ai donc cassé trois de mes œufs fraîchement acquis l’après-midi-même, ai nettoyé mon nouveau cul-de-poule persuadée qu’une substance étrangère néfaste avait dû se mélanger à mes blancs.
Et de recommencer mon fouettage électrique, tout en réfléchissant à ce que j’allais faire avec mes trois autres œufs pour l’instant remisés par devers moi.
Ca ne montait toujours pas et j’ai pesté conter moi-même, Benoit XVI et le Duc d’Anjou d’avoir soigneusement nettoyé le cul-de-poule mais pas les branches du robot. Quelle quiche. Et je regardais les batteurs tourner et mon appareil vaguement mousser mais pas plus, pensant à je ne sais quel dîner presque parfait ou autre Masterchef en me disant que c’était pas gagné.
- Qu’à cela ne tienne, je vais prendre mon ancien robot…
L’ancien robot : la valeur sûre. Le vieux. Le pas pratique. Le jaune assorti à mon ancienne cuisine. Le moche. J’ai donc débranché mon batteur et lorsque j’ai enlevé les deux branches, j’ai compris.
J’ai compris la tanche que j’étais. La truie violette de Bigard. Le Mérou, ou plutôt, le Gobi. Celle qui n’a pas inventé l’eau tiède ni le fil à couper le beurre. Celle qui a raté son BEP coiffure. Celle qui croit qu’Olivia Newton John est la fille d’Isaak et d’Elton. Celle qui compte jusqu’à 6 avec ses doigts en calant à 5 parce qu’il y a plus de doigts. Celle qui ferme ses deux yeux en même temps pour voir si son maquillage des paupières est symétrique.
J’ai surtout compris que si j’utilisais les batteurs à blancs en neige, plutôt que les branches à pétrir, ça fonctionnerait beaucoup mieux.
Ce que je fis. Ce qui changea tout.
Ca faisait donc plus de dix minutes que je regardais les mauvais ustensiles et m’évertuais en vain, sans avoir la moindre illumination. Rien. J’avais l’encéphalogramme aussi plat qu’une huître à la veille de Noël. Qu’une salamandre aussi immobile qu’impassible sur une route de montagne, que Loana à Question pour un Champion. Un veau.








