avr 20 2012

42. Quand je décide de faire une mousse au chocolat

Ce samedi, j’avais décidé de rester tranquille. Un peu par besoin de repos et beaucoup par flemme, j’avais opté pour une après-midi post-entraînement qui ressemblait davantage à une bidochonnerie qu’à une routardise tant le programme était d’intérieur, voire salonesque, voire canapiste : regarder une ou deux séries, faire une sieste, aller récupérer un chèque chez « beau-papa », faire une sieste, acheter des œufs, faire une sieste, préparer une mousse au chocolat ou un dessert, faire une sieste, regarder un émission hautement culturelle sur M6 voire la TNT, faire une sieste, dîner, faire une sieste, vérifier si mon choix de sac à dos a été le bon en empaquetant tout ce qui est nécessaire à mon prochain voyage : bref de l’émotion, de la passion, de l’aventure, que dis-je, un truc de malade.

De retour chez moi avec mes œufs et un mini-pot de formage blanc 500g qui ferait doucement rigoler des générations d’Hinderholtz, j’ai été envahie, voire submergée, par l’idée de faire une demi-mousse au chocolat (trois œufs, une demi-tablette de chocolat) : et de séparer les blancs des jaunes, de rajouter ma pincée de sel et de commencer à monter mes œufs en neige grâce au robot offert par mes amis sportifs pour mon anniversaire, celui qui mixe, qui pétrit et fait monter les blancs en neige.

J’ai donc commencé à tourner mes œufs, puis réorienter mon récipient parce que ça ne prenait pas, enfin faire en sorte que le batteur ne touche pas le fond du cul de poule. Mais ça ne venait toujours pas. Ca prenait autant qu’une blague de Jean-Marie Bigard en ouverture d’un congrès de Polytechniciens ou le concept des réseaux sociaux chez des dinausores du BTP.

J’ai quand même insisté : nada.

D’une idée venue d’on ne sait où, j’ai même changé de récipient, tant il est bien connu que les œufs montent mieux en neige dans un cul-de-poule en inox que dans un bol en plastique. Après mûre réflexion, je me dis que je devrais vraiment arrêter de manger des yaourts aux DLC dépassées de trois semaines, les fruits dans un état de maturité plus avancé que Jeanne Moreau, les hurlements pendant les cours de Body Attack, les sudoku dans les WC ou les chaussettes anti-zombies : ça ralentit gravement le cerveau.

Evidemment, le changement de récipient n’a strictement rien changé à mon problème. J’ai donc cassé trois de mes œufs fraîchement acquis l’après-midi-même, ai nettoyé mon nouveau cul-de-poule persuadée qu’une substance étrangère néfaste avait dû se mélanger à mes blancs.

Et de recommencer mon fouettage électrique, tout en réfléchissant à ce que j’allais faire avec mes trois autres œufs pour l’instant remisés par devers moi.

Ca ne montait toujours pas et j’ai pesté conter moi-même, Benoit XVI et le Duc d’Anjou d’avoir soigneusement nettoyé le cul-de-poule mais pas les branches du robot. Quelle quiche. Et je regardais les batteurs tourner et mon appareil vaguement mousser mais pas plus, pensant à je ne sais quel dîner presque parfait ou autre Masterchef en me disant que c’était pas gagné.

-      Qu’à cela ne tienne, je vais prendre mon ancien robot…

L’ancien robot : la valeur sûre. Le vieux. Le pas pratique. Le jaune assorti à mon ancienne cuisine. Le moche. J’ai donc débranché mon batteur et lorsque j’ai enlevé les deux branches, j’ai compris.

J’ai compris la tanche que j’étais. La truie violette de Bigard. Le Mérou, ou plutôt, le Gobi. Celle qui n’a pas inventé l’eau tiède ni le fil à couper le beurre. Celle qui a raté son BEP coiffure. Celle qui croit qu’Olivia Newton John est la fille d’Isaak et d’Elton. Celle qui  compte jusqu’à 6 avec ses doigts en calant à 5 parce qu’il y a plus de doigts. Celle qui ferme ses deux yeux en même temps pour voir si son maquillage des paupières est symétrique.

J’ai surtout compris que si j’utilisais les batteurs à blancs en neige, plutôt que les branches à pétrir, ça fonctionnerait beaucoup mieux.

Ce que je fis. Ce qui changea tout.

Ca faisait donc plus de dix minutes que je regardais les mauvais ustensiles et m’évertuais en vain, sans avoir la moindre illumination. Rien. J’avais l’encéphalogramme aussi plat qu’une huître à la veille de Noël. Qu’une salamandre aussi immobile qu’impassible sur une route de montagne, que Loana à Question pour un Champion. Un veau.

« Les yeux sont aveugles lorsque l’esprit est ailleurs. » Publius Syrus


mar 20 2012

41. Le jour où j’ai voulu me faire belle

Ou comment réviser ses cahiers d’injures.

Un peu avant la fin de l’année 2009, et malgré un passage récent chez le coiffeur, j’avais décidé de « changer de tête », selon le bon vieux concept féminin qui peut prendre des proportions variables allant de la boule à zéro façon Sinéad O’Connor (avant) à la teinture rouge de Mylène Farmer en passant par les mèches violettes ou l’égalisation des pointes. Tout dépend si vous êtes baba cool en Lozère, mère de famille à Aix en Provence ou tatoueuse professionnelle à Ibiza.
Un peu avant la fin de l’année 2009, et malgré un passage récent chez le coiffeur où j’avais opté pour un de ces fameux lissages censés vous éloigner de la tannée des brushings pendant au moins quatre mois, j’avais quand même décidé de changer de tête. Dans mon cas, alors que j’hésite toujours en surface entre la mère de famille aixoise et la tatoueuse d’Ibiza, cela revenait simplement à me faire faire des mèches, énervée que j’avais dû être de tomber sur une vieille photo où les reflets dits « miel » me seyaient à merveille.
Aussi excitée que Mikael Jackson avant sa première rencontre avec Bamby, que Britney Spears après un baiser goulu de Madonna aux Grammy Awards ou qu’un abonné Free le jour de la réception de sa puce de mobile, je suis partie chez Camille Albane en bas de chez moi, ceux-là même qui m’avaient fait mon lissage et ma couleur un mois plus tôt : j’y serais allée à cloche-pied, tellement j’étais contente de retrouver mon physique d’antan !
Sur place, après forces explications sur les tons que voulais voir se refléter dans ma crinière extra-plate, j’ai failli m’endormir trois fois pendant le massage du cuir chevelu ? N’est-elle pas drôle, cette expression : « le cuir chevelu »… Et les chauves, ils ont un cuir pas chevelu ? Un cuir échevelé ? Bref.
Puis je suis passée entre les mains de la coloriste et ma tête n’a pas tardé à revêtir des airs de distributeur à bombons à la menthe, avec tous ces papiers alu qui fusaient de toutes parts.
Pendant une demi-heure, j’ai collé au stéréotype de la poule au coiffeur : papillote + casque sur la tête + numéro spécial têtes couronnées et pour un peu j’aurais fait des bulles avec mon Malabar si j’en avais eu un. Ma splendide robe de chambre blanche, mon sac et moi sommes repassés au bac, endroit sacro-saint où la shampooineuse ou la coloriste vous rince le fameux cuir chevelu de ses mains expertes.
Le rituel effectué, je suis retournée, toujours en robe de chambre blanche et avec mon sac à la main, un turban de serviette sur la tête en plus, en direction des miroirs et de la coiffeuse, comme un passage de relais humain, afin que cette dernière fasse mon coiffage (le mot savant pour un brushing sans brosse).
Au gré des coups de séchoirs et des crantages de doigts, la vraie couleur de mes cheveux s’est révélée. Ou plutôt, LES véritables couleurs : du châtain au blond en passant par des roux qui auraient fait pâlir Nina Hagen, le balayage portait bien son nom. Je pense que la technicienne avait effectivement balayé toute la palette, motivée qu’elle avait sûrement été, par la perspective de s’occuper d’autre chose que de reflets mauves de Madame Michu. A moins qu’elle n’ait décidé de vider tous ses fonds de tiroirs.
Quoi qu’il en soit, j’ai rapidement mis fin à son enthousiasme de créativité lorsqu’elle est venue me voir en me lançant le sempiternel : « Alors, c’est bien, non ? » et que je lui ai adressé, en même temps qu’un de mes fameux regards noirs mis au point sur un Tunis-Paris quand j’avais trois ans, une réponse dont elle a dû se souvenir : « Non mais vous m’avez bien regardée ? Non mais est-ce que d’après vous j’ai l’intention de piquer son job à Lady Gaga ? Non parce qu’à part la coiffure, la chanson, ou les bars louches, niveau opportunités professionnelles, j’ai plus beaucoup de choix, là ».
Bon, j’exagère un peu. Je me suis sans doute contentée de lui adresser un « Pas du tout ! » qui en disait aussi long.
- Ca va pas ?, me répond-elle, en feignant un étonnement qui n’aurait pas décroché un second rôle dans une sitcom.
Ah ben, non, ça ne va pas. Ca ne peut aller à personne passé 18 ans, cette couleur, Mademoiselle. C’est comme les couettes, les brassières en dehors des stades et les chaussettes qui montent au-desssus du genou : à 40 ans, c’est ridicule. Même si on ne les fait pas.
Je suis donc repassée par la case coloriage /papier alu / casque / Point de vue et images du monde, avec un café offert pour la peine puis shampooinage et coiffage.
Et cette fois, j’avais les reflets miels auxquels j’aspirais depuis que j’étais retombée sur la fameuse photo. Mazel Tov. Trois cents euros, trois heures mais Mazel Tov. Et tiens, prenez aussi mon deuxième bras.
J’ai ainsi pu faire la crâneuse avec mes nouveaux cheveux archi-disciplinés et balayés pour le réveillon qui a suivi.
Le temps a normalement passé jusqu’au jour où, revenant d’Inde, je me suis coiffée pour la première fois depuis longtemps sous un éclairage supérieur à trois watts, et ai trouvé des petites touffes de cheveux beaucoup plus courtes que les autres, sur mon cuir chevelu, qui virait échevelé. J’étais devenue le rejeton improbable de Zezette du Père Noel est une Ordure et d’un épouvantail à moineau. Même Courtney Love, du temps où elle était plus grunge que people, n’aurait pas osé.
Je n’en avais pas partout, bien sûr, mais suffisamment pour que je trouve ça étrange. Jusqu’à ce que je comprenne : les mèches avaient cassé. Toutes ou presque. Trois cents euros ? Rends-moi mon bras, connasse.
J’ai tout imaginé : taper un scandale un samedi après-midi au plus fort de la fréquentation, faire caca dans leur boîte aux lettres, leur envoyer des boyaux de piaf par la poste, faire un élevage de cafard dans leurs lavabos, envoyer le mari de la patronne un mois à Mykonos ou leur confier le fils d’une copine qui fait ses dents. Sans la bouteille de pastis.
Mais non.
Un peu plus d’un an plus tard, après être passée entre les mains d’autres coiffeurs pour remettre les longueurs à niveaux et décheveliser mon cuir chevelu de ces mèches salement décolorées par les différents soleils de la planète, j’ai reçu un texto aux alentours du 10 janvier : « Camille Albane vous souhaite une excellente année et nos équipes sont impatientes de vous revoir ».
Alors honnêtement, j’ai tout passé en revue : le caca, les piafs, les cafards, y-compris un commando qui aurait déposé sur les murs des boyaux de chiens avant d’emmener le mari de la patronne à Mykonos et après avoir enfermé la technicienne coloriste avec le fils d’une autre copine (le premier avait forcément sorti toutes ses dents depuis) pendant deux jours dans une voiture sans chauffage en forêt de fontainebleau. J’aurais même convié ma tante pour qu’elle leur fasse l’animation « Moi je ».
Mais re-non.
Je me suis contentée d’injurier mon téléphone portable de douces paroles auxquelles Joey Starr et Cool Chen n’auraient jamais trouvé de répartie, même après deux semaines sous LSD.
« Le mépris est la forme la plus subtile de la vengeance » Baltasar Gracian Y Morales.


jan 30 2012

La salsa du démon

Concours de Nouvelles de XM-Auteurs.
Texte arrivé en tête au classement des jurys non-auteurs.


La journée avait pourtant bien commencé : je n’avais pas remis mon réveil hertzien à plus tard plus de six fois, j’étais tombée dans le sommeil la veille après un bon polar et ne m’étais pas réveillée plus de quatre fois dans la nuit. Il me restait des fruits encore mangeables et du fromage blanc sans moisissure en quantité suffisante pour un bol de céréales. Et un coup d’oeil à la fenêtre m’avait annoncé le miracle de ce mois de janvier : du soleil à Paris avec en sus l’espoir d’un thermomètre positif.

Ca partait plutôt pas mal.

En tout cas jusqu’à ce que je consulte mon profil Facebook où un ami névrosé des années 70 avait posté une chanson que nous avons tous sifflotée au moins une fois dans un mariage : la Salsa du Démon. Je ne sais pas pourquoi j’ai cliqué sur « play ». Peut-être que la DLC du fromage blanc était plus reculée que ce que je croyais.
Peut-être qu’un lutin défoncé au PCP avait uriné sur mes fruits (expliquant l’absence de moisissure). Peut-être que Satan lui-même m’avait susurré des ordres subliminaux cette nuit. Ou peut-être avais-je tout simplement succombé à un accès de nostalgie primaire dont il faudra que je parle à mon psy.

Toujours est-il que j’ai écouté.

Tous mes réveillons au ski avec papa en costume en velours et maman en jupe-culotte me sont revenus dans les dents : chaussée de lunettes anti-strabisme et de Kickers en 31, je remuais mes couettes avec un vieux d’au moins huit ans et j’avais l’impression que c’était la java du siècle. Mais si ça se trouve, il était 21h30.

Alors que j’avais déjà enchaîné sur « Tata Yoyo » dans ma tête, le morceau s’est arrêté. J’étais bien en 2011, je n’avais plus de couettes mais un brushing et mes Kickers avaient laissé place à des escarpins que j’aurais aimé être estampillés Louboutin.
Mais j’avais ramené la Salsa avec moi et je pressentais qu’elle allait élire résidence dans ma tête comme une colonie d’amibes dans un intestin occidental, comme le Fisc chez un contribuable dénoncé, comme un commercial IBM sur le dos d’un grossiste en fin de trimestre. L’expression exacte étant : se taper l’incruste.

Mes talons aiguilles et moi sommes montés dans ma voiture avec Vampirella (et gare à ceux qui ne l’aiment pas) et je me suis précipitée sur l’autoradio afin d’y trouver de quoi faire diversion, direction Inter plutôt que
Rires et Chansons : la probabilité de tomber dessus étant proche de celle de voir débarquer Mickey Rourke (jeune) à mon prochain dîner, soulever 200 kg en développé couché ou rigoler à une blague de Jean Roucas.

Je n’avais pas roulé dix mètres lorsqu’Elle est revenue danser la gigue. J’ai instinctivement monté le son, sauf que la pollution sonore ne venait pas de moi mais du poste lui-même : La salsa du démon sur Inter ? J’aurais du parier sur le développé couché : la grève d’une certaine catégorie de personnel de Radio France empêchait la diffusion des programmes habituels, remplacés par quelque compilation douteuse.

Arrivée chez mon client, l’affaire semblait s’être calmée. Oh j’avais bien des « Ouiiii, je suis Belzébuth » qui faisaient irruption en plein milieu de ma présentation, mais, grâce à une matière grise obligée de donner le change à ses interlocuteurs, j’ai réussi quelques diversions.
Hélas, une fois la matinée écoulée, alors que je me retrouvais libre de tout dialogue professionnel, mes talons aiguilles et moi avons retrouvé Belzébuth, Vampirella et la Sorcière dans la voiture. Aussi concentrée que Bruel en finale du WW Poker Tour à Vegas, j’y ai réglé la fréquence sur Radio Notre Dame : si la Salsa du Démon arrivait jusqu’aux platines de cette dernière, je voulais bien me faire appeler Bouboulina jusqu’à la fin de mes jours.
Las, la voix doucereuse du présentateur comme le contenu de l’émission m’ont rapidement détournée de la fréquence, laissant la sorcière et ses idées sordides s’infiltrer à nouveau en moi.

« Ca commence à me chauffer, cette histoire ».

Soit. Mais pas une idée ne me venait quant à la façon de déloger ce satané refrain et je ne voyais pas comment j’allais m’en sortir, si possible avant de demander à voir la dernière collection de camisoles de l’hôpital Sainte-Anne, me manger un oeil, m’allonger sous une moissonneuse batteuse (en marche) ou réinstaller Windows sur mon PC.

Je regardais la mode d’hiver dans les vitrines, pensais à ma dose de frappucino du Starbucks, balançais un coup de pied dans un King Charles qui attendait son maître devant une boucherie et optais finalement pour un film à tendance comédie musicale. Ca tombait plus bien : Un Monstre à Paris était projeté à quelques pas de là.

Quatre-vingt dix minutes du souffle de Vanessa Paradis plus tard, je sortais du cinéma, l’esprit plus tranquille qu’en y entrant et collais une tarte à un petit qui sortait des toilettes. Mais ça ne résolvait pas pour autant mon problème de cohabitation qu’aucun président de la Vème République n’aurait souhaité à son pire opposant.

Je suis rentrée chez moi. « Venez-là mes petits amis… » On y était. Et quelle que soit la playlist au Bal des
Vampires, j’étais bien décidée à ne plus me laisser envahir longtemps.
Quel était mon planning demain ? Ah oui, une plaquette à finir pour Altutransen, l’expert du consulting en architectures informatiques externalisées en mode SaaS, des textes à fignoler pour
www.monhotelcestleplusbeau.com qui ne serait sûrement pas content de la virgule au troisième paragraphe et opterait, au final, pour la première version, celle d’il y a six mois. Ou peut-être pas. Mouais. Autant parier sur l’amour libre en Iran.

Après moult recherches sur Internet et des courses nécessitées par icelles, j’ai empaqueté mes affaires et soigneusement préparé ma tenue du lendemain, histoire d’éviter un inéluctable « Je n’ai rien à me mettre » devant des armoires dégueulant toutes les collections Zadig et Comptoir de ces quatre dernières années : la journée s’annonçait longue et je n’avais pas de temps à perdre avec ces conneries.

Huit heures de sommeil plus tard, comme prévu, Elle était toujours là.

Je suis partie de chez moi, décidée à régler son compte à tout l’Orchestre du Splendid. J’ai sonné chez mon voisin, à qui je n’ai pas laissé le temps de dire ni ouf ni quoi que ce soit en lui plantant mon couteau à sushis dans le ventre. Un modèle japonais en céramique particulièrement aiguisé acheté en soldes sur Internet que j’ai soigneusement essuyé pendant que je me dirigeais vers le hall, pestant contre mes clefs de voiture momentanément égarées, encore.

Grâce à un Paris qui dormait toujours, je me rapprochais rapidement de mon but. J’ai même pu faire un crochet sur une vieille dame qui traînait chien et caddie sur les clous.
J’ai garé mon auto près du Champ de Mars sur une place autorisée aussi improbable qu’un taxi un soir de réveillon et, arrivée à la Tour Eiffel, j’ai emprunté l’ascenseur du pilier Sud.

Sortie de la cabine, dont je laissais les premiers occupants allongés dans leur sang, j’ai filé vers les niveaux supérieurs pour accéder sans trop d’encombre à l’antenne. J’ai sorti mon matériel avec un brouhaha émanant d’en bas dont j’avais du mal à faire abstraction. Et entre la Salsa devenue maintenant insupportable et tout ce remue-ménage, brancher les fils devenait compliqué.
Mais j’y suis arrivée et au moment d’appuyer sur le bouton, j’ai souri en pensant que dans un instant, ni la
Salsa du Démon ni aucune autre chanson n’allait pourrir le réveil de parisiens pendant au moins quelques minutes.

Horreur, malheur.


déc 12 2011

Quand je pars à la cave faire du rangement

Ou comment se retrouver dans un épisode de X-Files

J’étais rentrée depuis bien deux semaines de vacances déjà et mon gros sac de voyages 189 litres trônait toujours dans ma chambre, sur cette petite malle bleue qui me sert initialement à ranger mes affaires de sport, mais finalement à cacher tout ce dont je ne sais pas quoi faire, du bonnet en laine logotisé ICELAND en passant par le string père Noël offert par un site internet un  peu spécial sans oublier les vieilles baskets gardées au cas où : en gros, une sorte de version plus grande de la fameuse coupelle que nous avons tous dans l’entrée.
J’étais donc rentrée depuis deux semaines et tous les matins comme tous les soirs, je regardais mon gros sac de voyage, dit « le chien », et en l’occurrence un vieux chien qui couine, en lui promettant de lui régler son compte az soune az possibeul, avant que la petite malle bleue ne commence à se plaindre au syndicat national des petites malles bleues en osier parce qu’elle n’était pas conçue pour se farcir le popotin d’un vieux clébard qui dégageait une odeur de sable sale, de soute à bagages moisie et de vieille chaussette.

Et az soune az possibeul, c’était dès que j’aurais trouvé un trou de cinq minutes dans un agenda surbooké en cette rentrée scolaire. Entre deux rendez-vous prospectifs à Champs sur Marne ou Meudon la Forêt. Ou deux articles sur l’importance (ou pas) de la segmentation d’un catalogue dans une logique intercanal. Voire entre deux vernissage d’ongles des pieds en Chanel blue satin ou rouge noir : il s’agirait de ne pas perdre les bonnes habitudes prises en vacances…En bref, le jour où j’aurais décidé de me sortir les doigts du cul et bannir le mot procrastination de mon vocabulaire. Autant dire pas tout de suite.

Ce moment arriva fort heureusement avant de voir sonner à ma porte l’inspecteur du travail du syndicat des petites malles bleues qui, du plus profond de son chandail jacard et de sa barbichette, se serait fait un plaisir de me sommer de respecter les accords internationaux de Vladivostok relatif aux conditions de travail des malles en général et des petites malles bleues en osier en particulier.

Et évidemment, ce moment arriva sans crier gare et en même temps que je piquais ma crise sur les dix tas de papiers triés par terre depuis dix jours (banque / charges / impôts / PV / Orange / EDF / Sécu / Mutuelle / Prêt / Canal + / ) qui n’attendaient plus que d’être rangés dans leur classeur et boite à archives respectifs,

« Toi, tu vas plus me saouler longtemps », avais-je notifié Médor, le sourcil relevé et le doigt pointé sur sa carcasse bedonnante, pas loin de me fâcher tout rouge.

Une fois mes papiers dans leurs cases respectives, mon bureau frisait la perfection. Si l’on exceptait bien évidemment le sac de fringues en attente de Secours Catholique et le contenu du coffre de ma voiture, mais ceci est une autre histoire.

Chaussée d’une paire de tongs histoire de profiter au maximum de la terre-battue dont regorgent les sous-sols des  immeubles de 1930, j’ai attrapé Médor par le collier et ai descendu les deux étages qui me séparaient de sa niche, dont j’ai ouvert la porte cadenassée en moins de temps qu’il n’en faut  pour pester contre les deux vélos parqués devant ma porte et qui eux aussi n’avaient rien à faire là.

J’ai entreposé Medor dans son antre : au-dessus de la canalisation isolée d’une manière hésitant entre l’amiante en cours de décomposition et la vieille couverture d’hôtel indienne, un endroit somme toute davantage adapté à un clébard qu’à mes poumons.

Jusqu’ici, cette histoire aurait pu largement rester au chapitre des faits et gestes anodins sans la moindre importance. Mais à mon retour à la porte d’entrée, ladite histoire devait prendre une tournure que seuls Oudini ou l’Agent Spécial Mulder auraient pu anticiper : reprenant mon trousseau de clefs plus chargé que celui d’un concierge de lycée, point de cadenas.

V’là aut’ chose.

J’ai fait le tour des rares centimètres carrés de terre battue qui n’étaient pas recouvert de meubles plus vieux que Denise Grey, de pots de peinture sûrement secs ou de quelque souvenir aussi berbère qu’inadapté ramené d’une escale marocaine : que dalle.

Pensant que le cadenas avait du être avalé par Médor pendant la manoeuvre, je suis allée secouer ses puces. Un vieux tampon (inutilisé) et une chaussette en sont tombés, mais de cadenas, que neni. Sachant que le cadenas fraîchement libéré peut être un tantinet farceur, j’ai poussé l’investigation jusqu’à chercher entre les vélos dont la présence n’avait toujours pas trouvé de légitimité. Pas mieux. Evidemment, je suis retournée voir Medor, parce que la confiance n’exclut pas le contrôle, comme disait ce grand respectueux des libertés individuelles qu’était Lenine. Et aussi parce qu’on n’est pas à l’abri d’une blague canine de très mauvais goût, mais puisqu’il paraît que maîtres et chiens finissent par se ressembler, il était difficile de le lui reprocher… Toujours pas. J’ai soulevé un quartet de chaises empilées pour être sûre que le disparu n’avait pas filé entre leurs pieds.

Définitivement, nada.

Absolument pas déterminée à passer le reste de la journée à biner la terre battue comme un jardin ouvrier ni retourner le contenu de ma cave, je me suis résolue à monter récupérer un autre cadenas chez moi, laissant tout en plan et imaginant qu’un de ces jours, je tomberai bien sur le disparu sans avoir à publier un avis de recherche.

Et j’ai clos la porte, comme ce chapitre pour le moins inattendu grâce à un nouveau loquet, rajoutant une clef de plus à mon trousseau qui n’allait pas tarder à réclamer un sac à main pour lui tout seul.

Les mystères les plus profonds résident dans les objets naturels les plus simples.   [Ludwig Feuerbach]


nov 4 2011

38. Le jour où je suis retournée à Haussman (un samedi).

Il y a presque deux ans maintenant, j’avais tenté une expérience à la croisée des chemins entre le paranormal, la folie passagère et l’inspiration mystique : aller faire les magasins Bd Haussman (Paris). Un samedi. Et je m’étais déjà demandée : pourquoi ?

Il y a deux jours, alors que j’aurais pu profiter des programmes à la demande sur Canal +, lire mon nouvel auteur préféré, Dennis Lehane, quelque part dans un parc entre la fin du sport et la sortie de sieste des petits, alors que j’aurais pu profiter des derniers rayons de soleil en enfourchant mon vélo pour quelque ballade sur les bords de seine, j’ai remis ça. Je suis retournée faire les Grands Magasins. Au Bd Hausman. Un samedi.

Et pas plus qu’il y a deux ans, je n’avais croisé Ron Hubbard, abusé de Lexomil ni succombé aux affres du New Age.

Hausman, un samedi. Donc

Alors j’entends déjà les donneurs de leçons tendance j’étais-à-Londres-en-1944 me rétorquer que ça vaut bien la peine d’être à son compte et prôner la liberté d’entreprise comme une féministe l’abandon du soutien-gorge ou Lady Gaga les bienfaits de la viande, si c’est pour finir au péage de Saint-Arnoult comme tout le monde, au supermarché ou dans les méandres des centres commerciaux comme toute le monde, ou à chercher une place en terrasse au soleil, comme tout le monde.

Et à ces donneurs de leçon rabat-ta-joie je répondrais, le regard fier et le sourcil (gauche) levé qu’on a beau travailler plus (pour soi) et gagner plus (pour l’état) et avoir un statut d’indépendant, acheter (enfin) un badge de télépéage, aller chez Monop ou faire les soldes ou boire un verre en terrasse le mardi à 15h, préparer ses voyages à l’autre bout de la planète des siècles à l’avance, il y a une donnée qui vient bouleverser tous ces plans magnifiques : les amis.

Car les amis sont fourbes : ils ne sont pas tous auto-entrepreneurs, freelance ou stewarts sur Air France et à l’instar de Noël, de la saison de ski et des anniversaires, ils répondent souvent à des timings précis. Ainsi, sauf à passer son temps libre seul chez Monop, en shopping, en vacances ou à bouquiner en terrasse, cette fabuleuse organisation s’effondre quand vous décidez de profiter de vos amis autrement qu’en milieu fermé autour d’un verre chez vous ou chez eux. Pour le coup, et sauf si vos amis sont George C. ou Mick J., l’endroit risque de ne pas être surpeuplé. Cela dit, si vos amis sont George C. ou Mick J, nous n’avons pas les mêmes problèmes.

Et ce samedi, je rejoignais pour une après-midi shopping de filles ma copine Nath, Bd Haussman, pour acheter LA paire de bottes qui ferait de moi la plus belle de New York dans trois semaines : des cavalières gold mais revisitées. Simple. Efficace. Comme j’aime.

Je suis donc partie après une douche et un déjeuner aussi léger que rapide après mes deux heures de sport habituelles, le cœur plein d’espoir de tomber sur mes futures nouvelles meilleures amies.

A l’image de la semaine qui venait de s’écouler j’attaquais la deuxième partie de la journée, chaussée d’autres bottes, mais pas très confortables. Et me fiant à la température matinale sur mon vélo, je m’étais aussi affublée d’un dufflecoat et d’une écharpe, que j’aurais volontiers jetés dans la première benne à vêtements WWF s’il ne s’était pas agi de marques.

J’étais tellement en retard que je ne me suis même pas arrêtée au Starbucks pour y prendre mon demi-litre de mocha (écrémé) et j’ai rejoint Nath aux Galfa et au pas de charge.

C’était sans compter sur cette saleté de promotion de milieu de saison que les grands magasins appellent tour à tour 4S, 3J et autres Dix jours en Or, sorte d’ode à la consommation parisienne permettant de relancer le petit commerce alors que les achats de rentrée sont depuis longtemps relégués au statut d’histoire ancienne et ceux de Noël pas encore au planning.

C’est donc dans un rayon chaussures des Galfa plus saturé qu’une guitare de Rammstein que j’ai retrouvé Nath, laquelle me confia au passage les casseroles qu’elle offrait généreusement à mon copain. Un détail qui ne va pas tarder à avoir de l’importance.

Ma bonne étoile a voulu que rapidement je trouve mon bonheur dans le budget imparti, ce dont je commençais à douter lorsque les premières paires desquelles je me suis approchée affichaient des 480 € ou 650 €. Voire 850 € chez Ralph Lauren. Bon j’avais qu’à pas regarder chez Ralph Lauren, aussi.

Cette tournée terminée, nous avons filé au Printemps au rayon préféré de notre ministre de l’Education Nationale et terminé nos pas dans une FNAC où il n’y avait toujours pas, pas plus qu’il y a deux ans, Madonna, Sting ou la tournée de Glee.

J’avais chaud, mal aux pieds et je trimballais une paire de bottes dans un carton géant, trois p… de casseroles qui pesaient une tonne salope et mon Dufflecoat sur le bras : à deux doigts du nervous breakdown et avant de crever l’œil d’un chien ou de faire caca dans une cabine et m’essuyer aux rideaux, j’ai déclaré forfait, préférant m’écrouler dans mon canapé que commencer à être grognon. Ce qui correspond chez moi à souffler d’exaspération pour tout surtout n’importe quoi, trépigner derrière les gens, afficher une tronche en biais (comme on dit dans le Sud) et ponctuer ma partie de la conversation de borborygmes aussi évocateurs que « chier », « grrrr », « rhhh » ou « pffff ». Pour Nath, autant passer son après-midi avec Idefix, c’aurait été plus drôle.

Sur le chemin de la gare Saint-Lazare, j’ai aussi fait une croix sur le Starbucks dont la queue prenait lentement mais sûrement la direction des Champs Elysées et je suis montée dans le premier train pour les Vallées, ravie de mon achat comme de rentrer chez moi.

« L’enfer, c’est les autres ». Jean-Paul Sartre.


oct 19 2011

Quand je pars simplement faire les boutiques

Ou comment me retrouver propulsée à Noël 1976

Une de ces vendredis d’automne parisien qui se prenait encore pour un 14 juillet marseillais, j’avais décidé de m’octroyer un peu de temps pour moi et profiter de ce soleil trop poli pour être honnête pour déambuler dans un quartier de Saint-Lazare où le Starbucks, dont le personnel ne m’avait pas vue depuis bien deux semaines, envisageait sérieusement d’afficher un avis de recherche me concernant.

Vêtue d’un jean et d’un t-shirt agrémentés des accessoires nécessaires au parfum de Fashion Week qui planait sur paris à ce moment-là, j’allais d’un pas décidé : frappuccino Mocha light en main (je n’étais pas passée au Mocha écrémé chaud, c’est dire la déraison des températures), panama-must have de l’été 2011 sur la tête, colliers de perles de culture mako-moulage autour du cou et sabots casse-gueule aux pieds, j’étais prête à affronter les trois étapes que je m’étais fixée : parapharmacie / Citadium / FNAC, entrecoupées d’une pause Aymeric en terrasse sous parasol.

Alors que mon panama me donnait encore plus chaud que ce soleil qui s’était définitivement emmêlé les crayons dans son agenda, je regardais les vitrines des magasins afficher une mode d’hiver qui personnellement ne me faisait pas rêver : vestes en cuir, manteaux, pulls en laine et bottes fourrées dignes des plus grands bilzzards canadiens. Mon œil fut cependant attiré par la vitrine orange d’un Promod dont on sentait le styliste largement inspiré par Courrèges et Hermès, mais les chaînes de fabrication contraintes de faire avec les moyens de Tati : de quoi se prendre pour Tara King en moins de temps qu’il n’en faut à certains pour trousser une soubrette dans un Sofitel newyorkais.

Ne sachant définitivement plus quoi en faire, je suis entrée dans l’échoppe, tenant mon couvre-chef à la main et j’ai commencé à scruter les fringues aux couleurs  automnales toujours plus pétantes : bleu canard, marron. Et orange, donc …

Et je l’ai vu, là, dans un coin. Isolé de ses congénères mais se fondant parfaitement dans le décor.

Il était là : le sous-pull orange.

Trente ans de pages mode de Cosmopolitan me sont tombées dessus, me propulsant dans l’appartement familial tout pile au moment où le sapin de Noël clignote, pendant que Cadichon, mon âne à bascule, me balance moi, mes couettes, mon pantalon en velours marron à grosses côtes avec des pièces aux genoux et… mon sous pull orange.

Ce p… de sous-pull orange, aîné d’une grande fratrie de sous-pull aux coloris tout aussi improbables que ceux des pantalons qui « allaient » avec, et surtout, surtout, des pulls qui grattent et que ma mère me faisait mettre par-dessus.

Ce p… de sous-pull orange encore en acrylique à l’époque et qui générait autant d’électricité statique que la centrale de La Hague, me faisant passer pour Tina Turner au plus fort de Mad Max chaque fois que je l’enlevais.

Ce p… de sous-pull orange pas encore élastique à l’époque qui me serrait le cou comme une minerve et me serrait tout court ailleurs.

Ce p… de sous-pull orange comme la cuisine de mes parents. Comme l’abat-jour dans la chambre de mes parents. Comme le tabouret tam-tam de mes grands parents. Comme la moitié de la tapisserie de ma chambre à moi (l’autre moitié, je vous le donne en mille, étant marron). Bref, comme la majorité de tout élément décoratif ou vestimentaire de l’époque.

En voyant ce p… de sous-pull orange, ce sont toutes les années 70 qui m’ont sauté à la figure : j’entendais même la stridente musique des Dossiers de l’Ecran, celle qui ferait flipper le pire des babas cool en sabot au milieu de ses fromages de chèvre.

Et au lieu de le laisser dans son milieu naturel, je l’ai pris sur son cintre, le p… de sous-pull orange et l’ai examiné. Sous toutes ses coutures.

En trente ans, bien sûr, il avait évolué. Le coton avait remplacé l’acrylique et s’était paré d’élasthane pour le plus grand bonheur des dessous de bras qui espéraient en finir avec les auréoles, des cheveux dont le brushing engisageait une tenue supérieure à dix minutes et de la propriétaire dans son ensemble, dont le confort s’en trouvait sensiblement amélioré : la Twingo avec direction assistée après la Traban. Le formule 1 après un bouge indien dégueulasse (un bouge indien, quoi). Mac Os après Windows 7.

Ils n’avaient cependant toujours rien inventé pour la dissimulation de l’estomac qui vient de se repaître chez Mamie à Noël, si ce n’est de l’acheter deux tailles aux dessus. En même temps, t’es pas obligé aussi de le mettre le jour de Noël.

Bon, alors, il était là, ce p…de sous-pull orange, contre lequel j’ai pesté (en silence) pendant une éternité. Oui, un mois d’hiver dans le sud quand on a 5 ans, c’est une éternité.

Il était là, ce p… de sous-pull orange et même si celui-là ne me plaisait franchement pas à cause de son orange plus proche de Barbès que d’Hermès, je sentais bien qu’avant la fin de l’hiver, j’allais y passer, tirant un trait sur des années de haines comme un DSK repenti de lustres de luxure, tournant une page de ma vie, comme pour me réconcilier avec mon enfance.

« La lutte était terminée. Il avait remporté la victoire sur lui-même. Il aimait Big Brother ».
Georges Orwell, « 1984 ».


oct 5 2011

Mais est-ce qu’il y en a une, au moins ?

Un beau matin de vacances, alors qu’après une nuit agitée, j’avais hâte de prendre le repas le plus important de la journée, j’ai traîné ma chemise de nuit en pilou-poilou et ma culotte Petit Bateau jusqu’à une cuisine envahie de victuailles et me suis assise à table, une tasse de café micro-ondé à la main. Et c’est là que je m’en suis rendue compte.

J’étais donc attablée ce matin-là, prête à engloutir les crêpes qu’un Wilfired déchaîné avait préparées par dizaines la veille, emporté par un élan culinaire comme seule la fondue savoyarde et les escalopes éponymes savent lui donner. Couteau dans la main gauche, pot de nutella dans la droite : cet été, j’ai  supprimé l’application « compteur de calories » de mon iPhone.

Tout était pourtant disponible sur la table : compote de pomme, beurre demi-sel, sucre cassonade, pain, fromage balnc, confiture de mirabelles,  et autres céréales (encore qu’il ne restât que des All brans, assez peu encourageantes lorsqu’elles ne sont pas assorties de leur pote Muesli, et dont il faut éviter la surconsommation pour la survie de l’amitié qui nous liait mes amis et moi, cet été là…).

Tout était possible, mais c’est sur le Nutella que mon choix s’est porté pour agrémenter mes crêpes : une entorse aoûtienne à une alimentation fibreuse et responsable les onze autres mois de l’année.

Mon ami Niko, présent à cet épisode que je qualifie aujourd’hui de fondamentalement révélateur dans ma vie, s’est saisi du pot et a commencé à en examiner l’étiquette. Et c’est là que je m’en suis rendue compte.

La veille au soir, nous avions fait un BBQ près de la piscine où, entre deux chasses au moustique envahisseur, l’un préparait des braises, l’autre servait le rosé, un troisième mettait la table et moi, moi, je ne construisais pas des marionnettes avec de la ficelle et du papier. Non, moi, je goûtais la salade d’endive aux poires et au roquefort. Devant moi, les paquets de brochettes, de chipolatas et de merguez indiquaient des dates de péremption à un deux septembre imminent et j’espérais qu’à leur ouverture, cette forte odeur de pourri rencontrée deux jours plus tôt sur des filets de dinde n’allait pas à nouveau nous saisir les narines. Mes poils du nez étaient déjà tous tombés il n’étais pas question que la putréfaction en cours s’attaque à mes cloisons nasales comme la coke à celles de Pete Doherty.

Me remémorant cet épisode BBQ-tesque de la veille, lorsque Niko s’est saisi du pot de Nutella, certainement pour en lire la répartition protéines/lipides/glucides, c’est là que je m‘en suis rendue compte.

C’était pourtant évident et cela ne m’avait jamais sauté aux yeux. Alors qu’en ce temps de profonds changements en matière de nutrition, on s’inquiète de ce que les marques de la Grande Distribution et autres géants de l’agro-alimentaires nous refourguent dans nos assiettes, il y a une chose dont on ne se soucie jamais, et c’est à ce moment précis que je ‘en suis rendue compte : on ne regarde jamais la date de péremption du Nutella.


sept 27 2011

35. Le jour où j’ai fait mon baptême de plongée

Partie en vacances au bord d’une mer méditerranée depuis longtemps délaissée au profit d’horizons plus tropicaux et davantage propices à la culture du cocotier, à la banana pancake et à l’île déserte, j’ai écouté avec une attention particulière le souvenir plutôt frais et encore émerveillé d’un de mes camarades qui venait de faire son baptême de plongée, entraîné qu’il avait été par un autre de mes camarades, plongeur régulier à -40m de son état.

Une attention particulière et d’autant plus surprenante que pour moi, la plongée, il n’en était pas question. D’abord parce qu’après plusieurs essais en snorkeling en Mer Rouge, dans les Caraïbes ou dans la baie d’Antalya, il avait bien fallu que je me rende à l’évidence : entre les poissons et moi, c’était moins une histoire d’amour qu’une histoire de peur. En l’occurrence, celle, complètement irrationnelle, de voir sortir un requin blanc, une raie manta ou toute autre bestiole avec qui je ne partagerais pas ma baignoire, même pour 100.000 euros. Même si la vie de mon frère en dépendait. Même si c’était le dernier souhait de ma meilleure amie avant qu’elle ne rende son dernier souffle. Même si Wilfried me montait le cerveau à l’envers.

La plongée, c’était aussi « moi, vivante, jamais » parce que je suis du genre claustrophobe. Pas dans le sens où je ne supporte pas les ascenseurs et autres espaces confinés tels que placards à balais, parkings et autres frigos, mais dans celui où je supporte mal les situations dont je ne peux pas m’extraire rapidement quand je le souhaite. Visite de catacombes ou absence de bande d’arrêt d’urgence sur l’autoroute, je fais déjà des crises de panique à l’intensité aussi variable qu’un ciel de montagne, alors rester coincée à un palier de 40m pour éviter que mes poumons n’explosent à la décompression de l’azote au retour, non merci. Niveau panique, autant invoquer les esprits un vendredi 13 dans un cimetière indien avec Freddy et l’Exorciste. Marcher en string dans les rues de Bamako. Passer une nuit avec Rocco Siffredi.

Pour autant, et parce que je déteste dire des choses que je ne les aime pas avant de les avoir goûtées, bues, essayées, vues, bref approchées de près ou de loin, je me suis retrouvée à échanger un billet de cinquante euros contre une bouteille, un masque, une combi, un gilet et des palmes. Histoire d’en avoir le cœur net.

En attendant que tout mon matériel me soit remis, et pendant que mon ami Wilfried préparait le sien, j’ai attendu à l’entrée de l’échoppe, pensant qu’on était quand même bien loin du slip jaune de l’Homme de l’Atlantide.  C’est à ce moment qu’un corps de pompiers de l’Eure et Loir venus recycler leurs connaissances a fait irruption dans ledit club : tous entrant à la queue-leu-leu, tous me disant bonjour. Entre autres. Car je ne sais pas si vous vous êtes déjà retrouvé dans pareille situation, mais sur mon front, on pouvait clairement lire « viande », « barbaque », « plat du jour », « au menu ». Et quand les « bonjour ! » étaient assortis d’un mouvement de tête vertical pour visualiser ma physionomie, j’ai carrément eu l’impression d’être la guest star d’une production Vidéos Marc Dorcel.

Cet épisode au final plutôt comique dépassé, j’ai revêtu une combinaison dite « shorty » qui n’a jamais avantagé que Kate Moss à 19 ans, et ai endossé les 300 kg de bouteille en prenant garde de ne pas me péter le dos dans un premier temps, m’arracher les cuisses en squatt dans un deuxième et tomber à la renverse dans un dernier. Et je suis montée à bord de l’embarcation qui nous amènerait au spot de plongée, assortie du corps de pompiers du 28.

A bord l’un des moniteurs m’a expliqué comment respirer, comment vider l’eau de mon masque, comment me déboucher les oreilles. Si au moins j’en étais arrivée là …

Parce que oui, j’ai sauté et rien que ça, ça m’a pris cinq bonnes minutes. Comme si je m’élançais dans un banc de requins. Ou dans une eau à 3°C. Ou d’un avion. Ou dans un tunnel piégé que même Lara Croft n’aurait pas emprunté. Voire comme si je sautais d’un avion pour atterrir en Sibérie quelque part dans la gueule au cousin des Dents de la Mer. Sans Roy Scheider.

Parce que j’ai essayé de respirer dans le détendeur. Hors de l’eau, ce n’était déjà pas simple, mais dans l’eau ça s’est révélé impossible. D’abord parce que respirer sous l’eau n’a rien de naturel pour moi qui suis une être humaine, merde, et se trouve être une situation plutôt stressante. Et comment je me sors de situations stressantes quand je ne suis pas déguisée en guignol qui barbotte en Méditerranée ? En … respirant.

Ensuite parce que je vois loin de moi et à au moins trois mètres sous moi, un Wilfried tout joice qui me faisait des grands signes. C’aurait du me calmer, mais ça n’a fait qu’augmenter la panique que je n’arrivais pas à gérer : comment ça, y’a des gens trois mètres sous moi et comment ça je ne vois pas le fond ? C’est quoi ce concept exactement? Je vais me casser la gueule, là. Et en plus j’ai envie de faire pipi. C’est nul, la plongée.

Dix minutes plus tard, j’en étais toujours au même point et je ne voyais pas tellement comment m’en sortir. J’ai donc dû jeter une éponge que je n’avais même pas ramassée en m’approchant des coraux et je suis remontée à bord, le détendeur entre les jambes, pour enlever cet affreux costume de poisson dans lequel je ne me sentais pas du tout à l’aise et qui aurait fait passer un équipement complet de ski pour un nécessaire à couture. Je suis quand même retournée à l’eau. Tant pour défier la mer en lui expliquant que je n’avais pas dit mon dernier mot, que pour lui faire pipi dedans.

Et avant de lui expliquer qui c’est qui commande, à la mer, j’irai peut-être faire un tour en bouteille à la piscine de Villeneuve la Garenne. Ca n’aura pas le charme des récifs méditerranéens ou des fonds balinais, mais le risque d’y tomber nez à nez avec une raie manta sera nettement moins important.

Encore que la possibilité de rencontrer des requins estampillés « pompiers de paris » n’y soit pas nulle.

« En persévérant on arrive à tout ». [Théocrite]


sept 9 2011

34. Mon sac à dos, c’est le plus beau !

Depuis un an, j’ai découvert une nouvelle activité, qui présente le triple avantage de concilier découverte de nouveaux endroits, sport et immersion dans la nature (et pour qui travaille de chez soi, cela relève de la nécessité vitale) : la randonnée, aussi appelée trek quand elle est pratiquée en altitude.

Depuis un peu plus d’un an, j’ai tellement sillonné les rues du Vème arrondissement dans Paris entre deux échoppes du Vieux Campeur, les allées des Décathlon d’Ile de France, les sites Internet dédiés et autres surplus de l’armée que ma carte de fidélité en a perdu ses couleurs, que je sais précisément quel produit se trouve en page 214 du catalogue USMC, que les vigiles du Vieux Campeur m’appellent par mon prénom et que mon banquier me demande pourquoi je rembourse un prêt immobilier. Je peux même dire que les moyens investis dans le site du Vieux Campeurs sont inversement proportionnels aux prix pratiqué dans leurs échoppes. Alors que Décathlon, « Y’a une application pour ça ».

Un sac à dos 20l, un 40l et un 70+10litres, un sac de couchage 0°C, deux tapis de sol, trois couvertures de survie, deux polaires, une parie de chaussures gore-tex, six paires de chaussettes, quelques t-shirts ultra-légers, une popotte, des sacs étanches, un réchaud à alcool, deux camel back, un couteau Smith & Wesson, des tonnes de pansements à ampoules plus tard, et à la veille d’un nouveau départ, il a cependant fallu que je me rende à l’évidence au milieu de mon bureau transformé en rayon outdoor, VTT inclus : il me manquait quelque chose.

Parce que Décath, c’est bien pour commencer, mais dès qu’on veut faire dans le vraiment efficace il faut savoir changer de crèmerie et passer à la centaine supérieure en matière de prix.

J’ai donc compris qu’il me manquait 1/ une veste étanche digne de ce nom et 2/ un sac à dos 40 ou 50 litres capables d’emmagasiner davantage qu’un t-shirt et une couverture de survie.

Me rappelant le sac à dos de mon amie Chacha-Jean-Pierre qui lui faisait remballer la totalité de son matériel en moins de temps qu’il n’en faut à JCVD pour dire « aware », je suis partie au stock de Lafuma dans une banlieue du 95 aussi connue pour son Décathlon : Herblay, fleuron du tuning portugais, du billard américain en enfilade sur la N15 et du flic très très raciste en embuscade au feu rouge.

Et là, au Lafuma d’Herblay, il m’attendait. Dès que je l’ai vu, il a tendu ses jeunes bretelles vers moi, me souriant de toutes ses fermetures éclair, agitant sa petite pochette ventrale comme un hochet : le Naia 50, marron et bleu. Une poche principale bien carrée comme une valise, une deuxième poche en bas pour y mettre tout mon matériel (popote, couverture de survie, barres hyper-protéinées…) une poche sur les côtés pour les tongs, une autre pour les trucs urgents, et surtout, le fin du fin, la cerise sur le Mc Do : la poche de têtes avec double compartiment qui se décroche totalement : un vrai vanity case ! De quoi caser tous mes échantillons, mon mini maquillage (on n’est pas au défilé Miss France), mes médicaments, mes trois bijoux. De quoi aussi répartir le poids du sac en l’accrochant comme une banane s’il le faut !

Je l’avais donc trouvé : mon meilleur ami.

Fière de cet investissement génialissime, j’ai d’abord testé la bête en camping dans les très lointaines Yvelines, lors d’un week-end où j’avais besoin de verdure.

Puis je suis partie en trek dans les Pyrénées finir un sentier des Bonshommes (GR10) entamé l’année d’avant.

Grâce à mon sac à dos le plus beau le plus pratique, j’étais prête en deux secondes le matin : le temps de plier deux affaires et de les mettre dans les compartiments idoines, là où mes deux comparses rangeaient les leurs dans des pochettes et autres sacs pour tout retrouver… rapidement…

Archiiii fière comme deux bar-tabacs, j’ai fait la promotion de mon sac-à-dos au-delà de tous les espoirs des responsables marketing de Lafuma, allant jusqu’à le mettre en photo sur Facebook. Encore un peu et je dormais dedans…

Puis un jour, je suis repartie en randonnée dans le Morvan avec mon autre meilleur ami : Niko. Au poids des affaires des Pyrénées, s’ajoutait celui de la tente, une Quechua deux secondes verte sanglée sur le sac à la Franklin la Tortue. Au bout de dix mètres de marche, j’ai entendu deux bruits secs à quelques centièmes de seconde d’intervalle que je n’ai pas réussi à identifier. Puis j’ai commencé à sentir deux pointes dans mes fesses de façon de plus en plus pressante. Histoire d’en avoir le cœur net, j’ai déchausse mon sac. Et là, ô rage, ô désespoir : les deux armatures du bas étaient sorties, faisant ressembler mon Naia à un vieux morse. En examinant la bête meurtrie sous toutes ses blessures, j’ai fini par comprendre que les deux bruits secs n’avaient été autres que la craquement des plastiques qui retenaient les dents du morse.

J’ai bien essayé de faire quelque chose, de marcher un peu mais plus j’avançais, plus le morse me mordait les fesses et plus les armatures me découpaient les mollets quand j’enlevais mon sac : bref, moins ça le faisait.

Devant un tel carnage, il a fallu me rendre à l’évidence : mon sac était en train de rendre l’âme. Je suis donc rentrée au campement, pour partie soulagée que cette mésaventure ne me soit pas arrivée dans un sommet Pyrénées où tout plan B aurait été aussi impossible qu’une place de parking libre devant la plage de Fréjus en plein mois d’août.

Rentrée à Paris,  j’ai ramené le cadavre chez Lafuma, leur demandant un échange, ce qui fut d’autant plus impossible que plus un Lafuma (outlet ou non) n’en avait en stock. Et j’ai essayé toutes les solutions, depuis les traîtres de Go Sport jusqu’aux obscurs sites web soit-disant dédiés au matériel de randonnée. Il me fallait l’admettre : j’avais perdu mon meilleur ami et n’en retrouverais pas d’identique, surtout que rien sur le marché n’y ressemblait pas même de loin.

Lors de ma rando suivante, j’ai donc du me contenter de mon vieux Symbium. Retourner à la Twingo après avoir connu la BMW. Manger des coquillettes après m’être gavée de homard. Lire pif gadget après Télérama. Regarder TF1 après Arte. La lose totale.

Depuis j’erre comme une âme en peine dans les allées du Vieux Campeur, faisant le deuil de mon Naia, et espérant y trouver un ersatz. Parce qu’on ne remplace jamais vraiment un Naia.

« Un être vous manque et tout est dépeuplé » [Alphonse de Lamatine]


juin 14 2011

Le jour où j’ai décidé d’aller à un pince-fesses professionnel

Alors que je profitais tranquillement d’une plage indonésienne quelque part au nord est de Bali, j’ai reçu une invitation d’un de mes contacts professionnels à fêter les cinq ans de sa boite. Jeudi. Un oeil sur l’océan indien , l’autre sur Padang Bai et tout en sirotant un banana lassi, j’ai répondu d’un doigt plein de gado-gado depuis mon mini-PC connecté en WiFi que selon l’état de mon emploi du temps à mon retour je ferai mon maximum pour passer. D’autant que ladite société se trouve à quelque trente mètre de ma salle de sport.

De retour à Paris après un voyage interminable (qui doit être la contraction d’international et minable avec pour synonyme : Aéroflot), je me remets dans le bain un peu frisquet du boulot quelque deux heures après mon atterrissage : le temps d’une A86 même pas bouchée, d’une douche et de quelques détails sur mon séjour asiatique à mes parents venus me chercher.  Attablée devant mon planning sur Google, la main gauche sur les touches ALT+TAB, la droite occupée à tenir un café au lait très très écrémé, je commence à m’organiser et trouve un peu de temps pour aller boire une coupette en compagnie de têtes connues. Jeudi.

D’autant qu’ensuite j’avais prévu d’aller voir une amie, elle aussi située à trente mètre de ma salle de gym : 18 jours à Bali dont un trek m’avaient suffisemment préparée pour envisager une telle randonnée dans le rues de Courbevoie. Même sans topo-guide.

Le jeudi, je décide donc d’enfiler une panoplie davantage propice aux réunions professionnelles que celles que la chaleur parisiennes momentanée m’invitait à vêtir : même si le milieu de l’informatique dans lequel je travaille est réputé décontracté, je ne suis pas sûre que tous ces gens auraient compris qu’on pouvait être sérieux tout en portant des tongs au bout du sarouel.

Rehaussée de 10cm, et bardée d’une veste de tailleur comme je n’en mets plus que rarement, je quitte ma maison, munie d’une pomme, d’une banane et d’une mangue destinée à composer le dessert de ma deuxième partie de soirée, ainsi que de cartes de visite, pour le cas où il y aurait un peu de business à faire dans la première partie.

Je me gare sans problème grâce aux vacances scolaires de Pâques : Courbevoie est une ville assez encline à emmener ses rejetons loin de leur habitat naturel dès que l’occasion se présente. Ce qui m’amène à trouver, au passage, plutôt étrange l’idée d’organiser une telle sauterie en pareille période.

A 19.15, je m’approche des locaux et ne trouve pas l’ambiance au top se son apogée. Même si je ne m’attends pas au concert de Madonna de l’autre côté de la rue, une espèce de doute me saisit, remontant du creux des reins jusqu’à mon oreille pour m’y susurrer, comme un Will jouant les sadiques sur ma messagerie : « dis-donc, tu te serais pas trompée de date ? »

Le certitudomètre proche de zéro, je sonne et décline mon identité. Mon interlocuteur, visiblement seul être vivant dans les locaux, en tout cas sur deux jambes, m’ouvre en jean et en t-shirt : lui aussi revient de vacances, alors…. A son regard étonné, je réponds par une question, qui aurait largement pu se faire passer pour une affirmation dans un bal masqué :

-         C’est la semaine prochaine ?

-         Oui, me répond-il, souriant.

Et d’éclater de rire.

Tel le lapin d’Alice aux Pays des Merveilles, il m’a donc invitée à fêter le non-anniversaire de son entreprise, autour d’un godet et en comité très restreint. Un verre d’eau et quelques échanges plus tard, je le remercie et lui donne rendez-vous jeudi. Mais prochain.

J’arrive chez mon amie, moins en avance qu’à cet anniversaire, mais suffisamment pour qu’elle soit  toujours au Monop en train de faire des courses. J’attaque donc une partie de scrabble sur mon iPhone, en bas des cinq étages qui allaient me faire regretter mes talons, vérifiant une fois de plus l’adage populaire : « Avant l’heure, c’est pas l’heure. »